Arbuste · Taxacées
If Taxus baccata
Aussi appelé : If commun, If d’Europe, If à baies, Yew
L’if est un conifère persistant indigène en France, d’une longévité hors du commun : plusieurs siècles couramment, plus de 1000 ans pour certains ifs de cimetière en Normandie et en Bretagne. Laissé libre, il atteint 10 à 15 m, mais il ne pousse que de 20 à 30 cm par an et se tient des décennies en haie de 1,50 à 2 m. Il accepte toute terre drainée, même calcaire, et toutes les expositions, jusqu’au pied d’un mur nord. Seul un sol détrempé en hiver le fait dépérir ; toute la plante, graine comprise, est très toxique.
- Type
- Arbuste
- Famille
- Taxacées
- Exposition
- Mi-ombre
- Température minimale
- -23 °C
- Floraison
- Pas de floraison notable en culture
- Difficulté
- Facile
Fiche générale
Rusticité : Zone USDA 6 à 9, il supporte -23 °C sans dommage et pousse partout en France métropolitaine, jusqu’en moyenne montagne. Le froid ne lui fait rien : ce qui le tue, c’est un sol détrempé tout l’hiver.
Dimensions : 10 à 15 m de haut pour 6 à 8 m d’étalement s’il est laissé libre, mais il ne pousse que de 20 à 30 cm par an. En haie taillée, on le tient à 1,50 m ou 2 m pendant des décennies.
Floraison : Aucune décorative : conifère, il porte en mars de minuscules chatons jaunâtres sur les pieds mâles, puis des graines entourées d’une cupule rouge sur les pieds femelles. Toute la plante est très toxique, graine comprise, seule la chair rouge de la cupule ne l’est pas.
Substrat : Toute terre de jardin profonde et drainée, y compris franchement calcaire, ce qui le distingue de la plupart des conifères. pH idéal de 6,0 à 8,0.
Exposition : Du plein soleil à l’ombre dense, sans rien perdre de sa densité. C’est le seul conifère de haie qui accepte un pied de mur nord ou le dessous d’un grand arbre.
Arrosage : 15 à 20 litres tous les 7 à 10 jours en été, les trois premières années seulement. Ensuite rien, sauf canicule prolongée sur sol superficiel.
Durée de vie : Conifère vivace d’une longévité sans équivalent en Europe : quatre à six siècles couramment, et plus de 1000 ans pour les ifs des cimetières de Normandie et de Bretagne.
Multiplication : Bouturage de pousses de l’année à talon, de la mi-août à fin septembre, sous châssis froid à l’ombre, enracinées en 6 à 12 mois.
Arrosage & entretien
Arrosage : Rien d’octobre à mars, la pluie suffit et l’excès d’eau à cette saison est justement ce qui le tue. Pendant les trois premières années, 15 à 20 litres au pied tous les 7 à 10 jours en été, espacés à 12-18 jours au printemps et à 15-20 jours en septembre.
Fertilisation : Une pelletée de compost mûr griffée en mars sur l’emprise de la haie, et rien de plus. Une haie taillée chaque année apprécie cet apport, un sujet isolé s’en passe complètement.
Rempotage : En bac, compter 60 litres au minimum, un surfaçage chaque printemps et un rempotage tous les 3 à 4 ans en mars, tant sa croissance est lente. En pleine terre, on plante d’octobre à mars et on ne recommence jamais.
Taille : Une seule taille par an, en septembre, une fois la pousse annuelle terminée et les nichées envolées. C’est le seul conifère de haie qui reparte du bois brun : un rabattage sévère en février, une face à la fois, redonne une haie dense en deux ou trois saisons.
Exposition & substrat
Exposition : De 6 heures de soleil direct à 2 heures à peine, il garde la même silhouette pleine. Cette tolérance à l’ombre est sa signature : aucun thuya, aucun cyprès ne se dégarnit aussi peu au nord.
Emplacement : Extérieur toute l’année, en haie, en topiaire ou en isolé, à n’importe quelle orientation. Il encaisse aussi bien la pollution urbaine que le vent, y compris les embruns à quelques kilomètres de la côte.
Substrat : Terre de jardin profonde et ordinaire, plutôt caillouteuse que lourde, améliorée d’un seau de compost à la plantation. Il redoute surtout les argiles compactes où l’eau stationne.
pH : De 5,5 à 8,0, avec une nette préférence pour le neutre à calcaire. C’est l’un des rares conifères à prospérer sur craie.
Drainage : Drainage impératif : l’if meurt bien plus souvent de pourriture racinaire que de sécheresse ou de froid. Sur sol lourd, planter sur une butte de 20 à 30 cm plutôt que dans une cuvette.
Multiplication
Bouturage : avec des gants (toute la plante est très toxique), arracher d’un geste vers le bas des pousses de l’année de 10 à 15 cm avec un talon d’écorce, ôter les aiguilles du bas et les piquer dans un mélange de terreau et de sable. Dehors, sous châssis froid et à l’ombre, elles s’enracinent en 6 à 12 mois ; l’hormone de bouturage, facultative, hâte la reprise. Le bouturage de pousses de l’année à talon, de la mi-août à fin septembre, sous châssis froid à l’ombre ; la réussite est bonne mais l’enracinement demande 6 à 12 mois. Ses cultivars se multiplient ainsi, le semis ne les reproduisant pas.
Les autres méthodes
Semis :
Semeren octobre et novembre, dehors, extraire les graines des cupules avec des gants, les nettoyer et les semer en terrine, couvertes de 1 cm. Elles ne lèvent qu’au bout de deux hivers et reproduisent l’espèce, pas les cultivars.
Récolter les grainesIl faut un pied mâle et un pied femelle : seul l’if femelle porte des graines, et seulement si un if mâle pousse à proximité, le vent portant son pollen en mars. Cueillir avec des gants les cupules rouges et molles d’août à octobre, avant les oiseaux. Les graines se sèment fraîches, à l’automne de la récolte : séchées, elles se gardent mal.
Division et autres méthodes : marcottage simple, au printemps, dehors : courber une branche basse, l’entailler sous un rameau, l’enterrer de 10 cm et la maintenir d’un crochet. Elle s’enracine en 1 à 2 ans avant d’être sevrée.
Maladies & parasites
Maladies courantes : Le dépérissement à Phytophthora est de loin la première cause de mort : le feuillage jaunit puis brunit par branches entières, le collet noircit, et aucun traitement ne le rattrape. Il vient toujours d’un sol détrempé, et seuls le drainage ou la plantation sur butte l’évitent. L’armillaire attaque les sujets déjà affaiblis et se reconnaît aux filaments blancs sous l’écorce du collet.
Parasites fréquents : La cochenille de l’if colle des boucliers bruns et bombés sous les aiguilles et poisse le feuillage de miellat : une huile de colza en fin d’hiver en vient à bout. L’otiorhynque est plus grave, l’adulte entaillant le bord des aiguilles en demi-lunes la nuit pendant que ses larves blanches rongent les racines. Contre les larves, on arrose des nématodes Heterorhabditis en septembre, tant que la terre est encore à plus de 12 °C.
Prévention : Planter sur sol drainé et ne jamais pailler contre le tronc, où l’humidité s’installe. Désinfecter la cisaille entre deux haies. Un jaunissement localisé est presque toujours racinaire chez l’if, jamais un manque d’engrais : chercher l’eau stagnante avant d’apporter quoi que ce soit.
Toxicité
Toxicité humaine : Toxicité majeure, parmi les plus élevées de la flore européenne : aiguilles, écorce, bois et graines contiennent des alcaloïdes, les taxines, qui bloquent la conduction du cœur. Seule la pulpe rouge de l’arille en est dépourvue, mais la graine noire qu’elle enveloppe est mortelle dès qu’on la croque.
Toxicité animaux : Mortel pour le cheval, l’âne, les bovins, les ovins et les caprins, souvent en moins d’une heure : quelques centaines de grammes d’aiguilles suffisent pour un cheval de 500 kg. Chien et chat y sont sensibles aussi, même si les cas sont plus rares parce qu’ils broutent peu.
Symptômes : Troubles digestifs, tremblements, pupilles dilatées, puis troubles du rythme cardiaque et arrêt du cœur ; chez le bétail, la mort subite est souvent le premier signe visible. Le contact avec le feuillage ou la sève n’est pas irritant, le danger tient uniquement à l’ingestion.
Précautions : Ne jamais planter d’if en limite de pâture ou de paddock, ni y jeter les déchets de taille, qui restent toxiques une fois secs et deviennent plus appétents. En cas d’ingestion, appeler sans attendre un centre antipoison ou un vétérinaire : il n’existe pas d’antidote et le délai d’intervention décide de tout.
Associations de plantes
Bonnes associations : Le houx, le charme ou le buis en haie mixte, qui partagent sa tolérance à l’ombre et son rythme lent. Des hellébores, des épimediums et des fougères à son pied, à peu près les seules vivaces qui acceptent l’ombre sèche du dessous d’un if. Des rosiers blancs ou des hortensias devant une haie taillée, dont le vert presque noir fait le meilleur des fonds.
Associations à éviter : Les plantes de terre de bruyère en sol calcaire, qui souffrent exactement là où l’if prospère. Les vivaces gourmandes en eau plantées au pied, qui obligent à arroser là où il demande du sec. Et surtout tout emplacement en bordure de pâture, de paddock ou d’enclos : ce n’est plus une question d’association mais de sécurité.
Conseil : Plantez à 60 ou 80 cm d’intervalle pour une haie, pas moins ; l’if met 7 à 10 ans à se refermer et un rang trop serré ne gagne qu’un dégarnissage de la base. Si vous héritez d’une vieille haie d’if informe, ne l’arrachez surtout pas : rabattez une face en février, l’autre 3 ans plus tard, et elle repartira.
Calendrier d’entretien, mois par mois
Établi pour : Sujet planté en pleine terre, en haie taillée, en topiaire ou en isolé, du plein soleil à l’ombre dense, dans une terre de jardin profonde et drainée, même franchement calcaire, qui ne reste pas gorgée d’eau l’hiver.
| Geste | Quand | Comment |
|---|---|---|
| Arrosage | D’avril à mai : tous les 12 à 18 jours ; de juin à août : tous les 7 à 10 jours ; de début septembre à mi-octobre : tous les 15 à 20 jours | Arroser lentement dans une cuvette au pied, quand la terre est sèche sur 5 cm. Installé, l’if traverse un été sec sans rien demander ; ce qu’il ne pardonne pas, c’est l’eau qui stagne autour de ses racines l’hiver. |
| Ramassage des feuilles mortes | De janvier à décembre | Ramasser et évacuer la totalité des déchets de taille, sans jamais les jeter par-dessus une clôture ni les laisser sécher au pied. Séchées, les aiguilles gardent toute leur taxine et deviennent même plus appétentes pour le bétail. |
| Rabattage | De début février à mi-mars, tous les 5 ans | Rabattre franchement dans le vieux bois brun en fin d’hiver, avant la mi-mars et le retour des oiseaux nicheurs, jusqu’à la charpente si la haie a trop grossi. L’if est le seul conifère de haie qui refasse des bourgeons sur du bois nu, en deux à trois saisons. |
| Compost, amendement | De début mars à mi-avril | Griffer une pelletée de compost sur toute l’emprise de la haie au redémarrage de la végétation. Une haie taillée chaque année reconstitue son feuillage sur ses réserves ; un sujet libre, lui, n’a besoin de rien. |
| Paillage | De début avril à mi-mai | Étaler un paillis organique tant que la terre est encore humide de l’hiver. Sous un if adulte le sol est sec et sombre, et c’est là que le paillis rend le plus de services aux jeunes plants voisins. |
| Inspection parasitaire | De début mai à mi-septembre | Regarder le dessous des aiguilles, où la cochenille de l’if colle des boucliers bruns et bombés, et le bord des feuilles, qu’un otiorhynque adulte entaille en demi-lunes pendant la nuit. Ce sont ses larves blanches, dans le sol, qui tuent les jeunes sujets en rongeant les racines. |
| Bouturage | De mi-août à fin septembre | Arracher des pousses de l’année avec un talon d’écorce et les repiquer en terrine à l’ombre, sous châssis froid. L’enracinement demande 6 à 12 mois, mais c’est infiniment plus rapide que le semis, dont les graines lèvent au bout de deux hivers. |
| Taille de structure | En septembre | Tailler en septembre, une fois la pousse annuelle terminée et les nichées envolées, en gardant un profil plus large en bas qu’en haut. Passé la fin septembre, les coupes n’ont plus le temps de cicatriser avant les gelées. |
| Fructification, récolte | De début septembre à mi-novembre | Les arilles charnus mûrissent à l’automne et attirent merles et grives, qui dispersent les graines au jardin. Leur pulpe est la seule partie non toxique de l’arbre ; la graine noire qu’elle enveloppe, elle, l’est violemment dès qu’on la croque. |